AccueilActualitésSahara occidental : le Conseil de sécurité reporte son...

Sahara occidental : le Conseil de sécurité reporte son vote sur la résolution MINURSO, sur fond de désaccords entre grandes puissances

Le Conseil de sécurité des Nations unies a reporté à demain, vendredi 31 octobre 2025, le vote sur la résolution visant à renouveler le mandat de la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental). Ce report, inhabituel à la veille de l’expiration du mandat annuel, traduit de profondes divergences diplomatiques entre les membres permanents du Conseil et reflète la polarisation croissante autour du plan d’autonomie marocain.

Préparé sous l’égide des États-Unis, le projet de résolution considère le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme la « base la plus sérieuse, crédible et réaliste » pour résoudre le conflit du Sahara occidental, tout en rappelant le principe d’autodétermination des Sahraouis. Ce double langage vise à ménager les deux camps : d’un côté, les partisans d’une reconnaissance claire de la souveraineté marocaine ; de l’autre, les défenseurs d’un référendum d’indépendance pour les Sahraouis.

Mais derrière cette apparente neutralité, le ton du texte penche sensiblement vers Rabat, ce qui provoque la colère du Front Polisario et de l’Algérie, qui accusent Washington et Paris de « dévoiement du mandat onusien ». Le cœur du différend porte sur la qualification du plan marocain d’autonomie. Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni souhaitent que le texte entérine ce plan comme la seule base sérieuse et crédible. L’Algérie et la Russie exigent que la résolution réaffirme explicitement le droit à l’autodétermination, y compris l’option d’indépendance. La Chine, de son côté, adopte une position prudente, plaidant pour un langage équilibré et inclusif.

La durée du mandat de la MINURSO constitue un second point de tension. Washington propose de réduire la durée du mandat, actuellement d’un an, à six mois, voire trois, pour accroître la pression sur les parties et éviter l’immobilisme. Plusieurs États, notamment le Mozambique, le Brésil et la Suisse, jugent cette option trop risquée : un mandat écourté pourrait fragiliser la mission, compliquer sa logistique et envoyer un signal d’instabilité.

Enfin, certains membres du Conseil, dont la Russie, estiment que le texte américain a été rédigé sans concertation suffisante. Le projet final n’a été distribué que tardivement, ce qui a poussé plusieurs délégations à demander un délai avant le vote pour formuler des amendements.

Face à la tournure des débats, l’Algérie a demandé une réunion d’urgence du Conseil pour rappeler la nécessité de préserver la neutralité du processus. Dans un communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangères a dénoncé un texte qui « transformerait la MINURSO en un instrument de légitimation de l’occupation ». Le Front Polisario, pour sa part, parle d’« une tentative américaine de clore la question du Sahara occidental sans consulter le peuple sahraoui ».

De son côté, le Maroc accueille positivement la dynamique américaine. Une source diplomatique marocaine à New York a déclaré à Belgium Times : « Ce texte reflète la réalité du terrain : le plan d’autonomie est la seule voie crédible vers la paix, et la communauté internationale le sait. »

Les États-Unis défendent un texte « équilibré mais tourné vers l’avenir », estimant que l’autonomie marocaine offre une solution pragmatique après trente ans d’impasse. La France soutient fermement la même ligne et milite pour un langage clair sur la crédibilité du plan marocain. La Russie et la Chine dénoncent une approche « déséquilibrée » et « géopolitiquement orientée », tandis que les membres africains du Conseil, comme la Sierra Leone ou le Mozambique, plaident pour le maintien du référendum comme base légitime du processus onusien.

Officiellement, le report du vote a été décidé pour permettre la tenue d’ultimes consultations sur le texte. En réalité, plusieurs diplomates confirment qu’il s’agit d’une tentative américaine de rallier la Russie et la Chine à une abstention plutôt qu’à un vote contre, afin d’éviter une fracture frontale du Conseil. Le texte amendé pourrait être soumis au vote vendredi après-midi, heure de New York.

Pour Rabat, l’adoption d’une résolution plus favorable à son plan d’autonomie constituerait un tournant diplomatique majeur, consolidant le soutien croissant de l’Occident et de l’Union européenne. À l’inverse, pour Alger, ce serait un revers stratégique : la marginalisation de la voie référendaire serait perçue comme la fin du principe d’autodétermination. Les observateurs soulignent aussi la dimension symbolique : le vote intervient à la veille du 50e anniversaire de la Marche Verte, événement fondateur dans la mémoire nationale marocaine.

Le report du vote n’est donc pas un simple contretemps technique. Il reflète une recomposition des rapports de force diplomatiques autour d’un conflit qui, depuis plus de quatre décennies, oppose la légitimité historique du Maroc à l’exigence d’autodétermination du peuple sahraoui. Quoi qu’il en soit, le texte final à venir pourrait reconfigurer le cadre politique du dossier et définir la marge de manœuvre de l’ONU pour les années à venir.

Isaac Hammouch
Isaac Hammouchhttps://www.isaachammouch.com/
Isaac Hammouch est journaliste, écrivain et essayiste, spécialiste des relations internationales et de la géopolitique contemporaine. Il publie dans plusieurs médias belges, européens et internationaux. Site officiel d'Isaac Hammouch: www.isaachammouch.com
Annonce publicitairespot_img

Dernières nouvelles

«Sahara, Terre du Maroc» : un livre au cœur des célébrations du 31 octobre

Histoire, droit international, réalités, avenir : le 31 octobre 2026, à l’occasion de la Fête de l’Unité, Sahara, Terre...

Bardella et le RN sous le feu des accusations d’antisémitisme

Des révélations relancent le débat sur le passé du Rassemblement national et mettent à l'épreuve sa stratégie de dédiabolisation.

Le Sexe de Poutine : comment la virilité devient instrument de pouvoir

Lukas Aubin explore comment la mise en scène de la virilité sert le projet politique russe et affecte la société.

Le Rassemblement national propose une taxe sur l’embauche extra-européenne et relance le débat sur la préférence nationale

Le RN propose une taxe de 1 000 € pour chaque embauche extra-européenne, suscitant critiques d'entreprises et questions juridiques.
Annonce publicitairespot_img

Une réécriture en demi-teinte de « Carrie » par Mike Flanagan sur Prime Video

Mike Flanagan propose une réadaptation de « Carrie » sur Prime Video, recentrée sur la psychologie et moins axée sur l'horreur spectaculaire.

Un mouvement lycéen inédit met en lumière le manque de moyens et les échecs de la massification scolaire

Un mouvement lycéen né en banlieue révèle l'angoisse liée à la dégradation de l'enseignement et aux limites de la massification scolaire.

«Sahara, Terre du Maroc» : un livre au cœur des célébrations du 31 octobre

Histoire, droit international, réalités, avenir : le 31 octobre...

Bardella et le RN sous le feu des accusations d’antisémitisme

Des révélations relancent le débat sur le passé du Rassemblement national et mettent à l'épreuve sa stratégie de dédiabolisation.
Annonce publicitairespot_imgspot_img