Pour le politiste, Xavier Crettiez la journée du 17 octobre constitue un phénomène révélateur plutôt qu’un simple épisode ponctuel. Il voit dans cette violence émeutière une logique interne de décharge collective, qualifiée par lui de «grand moment de défoulement». Plutôt que de la réduire à une cause unique, il propose une grille d’analyse en trois registres — résumés par la formule anglo-saxonne «Fun, Profit and Ego» — qui permet, selon lui, de saisir la diversité des motivations à l’œuvre.
Dans son diagnostic, le volet «Fun» renvoie aux composantes ludiques et spectaculaires de l’action : recherche d’adrénaline, mise en scène et plaisir du moment. Le terme «Profit» décrit la dimension matérielle ou opportuniste, lorsque des actes violents coïncident avec des gains économiques ou un avantage immédiat. Enfin, «Ego» désigne les dynamiques de visibilité et de reconnaissance sociale qui poussent certains acteurs à s’affirmer publiquement par des gestes extrêmes. Crettiez insiste sur le fait que ces registres peuvent coexister au sein d’un même événement.
Cette lecture multifactorielle a des implications pour l’observation des manifestations et pour l’action publique : elle invite à différencier les réponses en fonction des motivations identifiées plutôt qu’à appliquer une logique uniforme. Selon le politiste, considérer la violence comme un symptôme pluriel aide à mieux comprendre ses points de rupture avec les usages ordinaires de la contestation et à mesurer l’épreuve qu’elle représente pour les institutions démocratiques, les forces de l’ordre et le débat public.
Sans proposer de solution technique, l’analyse de Xavier Crettiez fournit une clé d’interprétation pour les chercheurs, les responsables publics et les observateurs. En soulignant la multiplicité des ressorts — plaisir, intérêt et affirmation de soi — il pousse à une réflexion plus fine sur la prévention, la gestion et la façon dont la société enregistre ces épisodes de violence collective au sein de la vie démocratique.






