Mohamed Amer Meziane expose dans un entretien l’hypothèse centrale selon laquelle l’orientalisme a joué un rôle décisif dans la construction d’un récit sur l’origine de la modernité. Le philosophe souligne que, au moment des Lumières, cette tradition intellectuelle a participé à établir une dominance conceptuelle en revendiquant pour l’Occident un accès exclusif à une « raison » présentée comme universelle. Dans ce travail de relecture figure également une interprétation renouvelée des textes bibliques qui aurait contribué à légitimer cette position.
Le propos replace l’orientalisme non seulement comme un corpus d’études sur l’Orient, mais comme un dispositif épistémologique capable d’organiser des hiérarchies entre savoirs. Selon l’analyse rapportée, la mise en avant d’une raison « moderne » et universelle a reposé sur des opérations intellectuelles – classer, comparer, historiciser – qui ont redéfini la Bible et d’autres sources au service d’un récit téléologique de l’histoire européenne.
Les conséquences de cette lecture touchent autant l’histoire des idées que les pratiques contemporaines de la recherche et de l’enseignement. En remettant en question l’unicité du canon rationnel occidental, l’argument invite à réévaluer la manière dont sont présentées les origines de la modernité dans les curricula universitaires et dans les discours publics. Cette perspective alimente les débats actuels sur la pluralité des généalogies intellectuelles et sur la nécessité de diversifier les sources et approches historiographiques.
Le travail du philosophe appelle à une réflexion méthodologique sur la production des savoirs et sur leur mise en récit. L’entretien, publié par Le Monde, offre un point d’appui pour les chercheurs et les institutions qui cherchent à déconstruire les cadres hérités et à examiner les conditions historiques et discursives ayant permis l’affirmation d’une prétendue supériorité intellectuelle occidentale.






