Les auteurs de la tribune publiée dans Le Monde, Jean-Baptiste Fressoz et Lou Stührenberg, estiment que les scénarios qui serviront de référence au prochain rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sont scientifiquement intenables. L’un est historien des sciences, l’autre ingénieure et doctorante en sciences sociales ; tous deux soulignent le décalage entre ces trajectoires et la réalité des transformations possibles.
Les signataires remettent en cause la pertinence des trajectoires qui placent le retour sous le seuil de 1,5 °C au centre des repères scientifiques. Leur message principal est limpide : renoncer à la « fiction » d’un retour généralisé sous ce seuil ne signifie pas renoncer à agir, mais invite à poser autrement les questions de l’action climatique. Ils appellent à un déplacement du débat vers des horizons et des choix plus plausibles, adaptés aux contraintes techniques, sociales et politiques contemporaines du climat.
Leur intervention éclaire un enjeu méthodologique et politique : les scénarios retenus par la communauté scientifique servent de base aux politiques publiques, aux engagements internationaux et à la communication sur le réchauffement. Les auteurs alertent sur le risque de perte de crédibilité si les trajectoires présentées apparaissent déconnectées des capacités réelles de transformation. Ils invitent par conséquent chercheurs et décideurs à clarifier les hypothèses, préciser les marges d’incertitude et confronter les choix normatifs sous-jacents aux modèles.
Cette prise de position s’inscrit dans un débat plus large sur la manière dont la science du climat oriente les priorités politiques. En pointant l’inadéquation de certains scénarios de référence, Fressoz et Stührenberg cherchent à recentrer la discussion sur les implications concrètes des trajectoires envisagées : quelles mesures sont réalisables, quels coûts et quelles répartitions d’efforts sont acceptables, et comment articuler mitigation et adaptation. Leur tribune devrait relancer les échanges entre modélisateurs, spécialistes des sciences sociales et responsables publics sur les orientations du prochain rapport du GIEC.






