Depuis un demi-siècle, Dominique Glaymann et Nadège Vezinat tirent la sonnette d’alarme dans une tribune publiée dans Le Monde. Les deux sociologues estiment que les réformes inspirées par le modèle des entreprises privées ont affaibli le service public et accru la pression sur ses agents. Leur constat oppose la logique marchande et les objectifs de performance aux missions d’intérêt général qui fondent l’action publique.
Selon leur analyse, l’adaptation progressive de la gestion publique à des méthodes managériales issues du secteur privé a transformé les priorités institutionnelles : optimisation des coûts, indicateurs de performance et externalisations deviennent des références centrales. À leurs yeux, ce basculement a des répercussions concrètes sur l’organisation du travail, la relation aux usagers et la capacité des services à remplir des missions de long terme. Ils soulignent en particulier la dégradation du sens du travail pour les agents et une tension accrue entre obligations de résultat et prise en compte des besoins sociaux.
L’enjeu dépasse la simple question de gestion : c’est la place même du service public dans la démocratie qui est interrogée, écrivent les auteurs. Redonner des moyens et du sens, formulent-ils, implique selon eux des arbitrages budgétaires et politiques mais aussi une réorientation des indicateurs de réussite. Leur tribune vise à replacer la discussion sur la finalité des services publics plutôt que sur leur seule efficience comptable, en insistant sur la nécessité de préserver l’accès universel aux droits et la continuité des prestations pour les usagers les plus fragiles.
En proposant ce diagnostic, Glaymann et Vezinat cherchent à nourrir un débat public sur les priorités de l’action publique et les conditions de travail des agents. Leur texte ne formule pas de feuille de route détaillée, mais invite responsables politiques, gestionnaires et citoyens à repenser la gouvernance des services publics. La question posée est simple et lourde de conséquences : comment concilier exigence d’efficacité et maintien d’un service public capable de produire du sens et de la solidarité ?






