Face aux discussions entre l’Union européenne et Kaboul portant sur la possibilité de renvoyer des citoyens afghans, une tribune signée par Ahmad Massoud et Aurélien Pradié dans Le Monde relance le débat public. Les deux auteurs plaident pour que l’Europe refuse de soutenir les oppresseurs et insistent sur le fait que les personnes qui arrivent aux frontières fuient une menace plutôt qu’elles ne la transportent. Leur intervention impose une lecture éthique et juridique des négociations en cours.
Le point central de la controverse est simple : engager des retours organisés soulève des questions de conformité aux principes du droit international, en particulier la règle de non‑refoulement qui interdit de renvoyer vers un risque de persécution. Au-delà du langage diplomatique, la perspective d’accords bilatéraux avec les autorités afghanes oblige les États membres à préciser les garanties procédurales et les critères d’éligibilité pour toute mesure de retour.
La décision de l’Union européenne aura des conséquences pratiques et symboliques. Sur le plan pratique, elle déterminera l’accès à la protection pour des personnes vulnérables et la charge administrative des procédures d’asile. Sur le plan symbolique, elle influera sur la crédibilité de l’Europe comme espace respectueux des droits fondamentaux. Les signataires de la tribune mettent en garde contre le risque de légitimer des acteurs répressifs par des accords de coopération migratoire et invitent à ne pas réduire la question migratoire à une logique purement sécuritaire.
Dans ce contexte, plusieurs exigences émergent : transparence des négociations, contrôles individuels rigoureux, protection des catégories à risque et supervision juridique des modalités de retour. La discussion doit aussi préciser les mécanismes de recours et les critères permettant d’identifier les personnes exposées à des violations des droits humains afin d’éviter des décisions collectives dépourvues d’examen individuel.
Le dossier afghan est un test pour les institutions européennes et pour l’opinion publique : il met en tension préoccupations de sécurité, impératifs humanitaires et obligations juridiques. Le choix qui sera opéré ne concerne pas seulement la gestion d’un flux migratoire, il traduit une préférence de valeurs. La transparence, la rigueur procédurale et le respect du droit international apparaissent comme des conditions minimales pour qu’une réponse européenne soit tenable et légitime.






