Relancer pour la dixième fois le générique d’une vieille
sitcom sur un canapé déjà connu n’a rien d’un simple
caprice nostalgique. De nombreuses femmes racontent qu’elles
respirent mieux devant un épisode d’Arabesque ou de Madame est servie qu’en
testant la nouveauté du moment. Les psychologues et les
neuroscientifiques se penchent sérieusement sur ce réflexe de
retour aux séries des années 80. Et si ce rituel apparemment anodin
cachait une véritable stratégie anti-anxiété
encore sous-estimée ?
Pourquoi votre cerveau réclame vos séries des années 80 quand
l’angoisse monte
Au bout d’une journée saturée d’imprévus, le cerveau ne cherche
plus la stimulation, il cherche le repos. Les chercheurs en
psychologie des médias parlent de comfort watching
pour désigner le fait de revoir toujours les mêmes épisodes afin de
se rassurer. Une étude de la psychologue Jaye Derrick a montré
qu’après une journée exigeante, se replonger dans une série
familière aide davantage à retrouver le contrôle de soi qu’un
contenu inédit. Et puis tout est déjà balisé dans ces fictions :
aucun effort de compréhension, aucun twist à anticiper.
Pour le psychologue Clay Routledge, spécialiste de la nostalgie
à la North Dakota State University, la nostalgie améliore l’humeur,
renforce le sentiment de lien social et de continuité de soi.
L’American Psychological Association décrit même la nostalgie comme
une ressource pour la santé psychologique plutôt qu’un signe de
fragilité. Les séries des années 80 activent particulièrement ce
ressort, car elles renvoient souvent à l’enfance ou à
l’adolescence, période perçue comme plus sûre. Revoir
Dallas aujourd’hui, c’est retrouver un décor, des voix,
une musique qui ancrent immédiatement dans un souvenir stable.
Ce que les neurosciences disent du
rituel anti-anxiété parfait
Sur le plan cérébral, la clé se joue dans l’amygdale, ce centre
d’alerte qui traque les menaces. Quand l’intrigue est parfaitement
connue, l’amygdale peut se mettre en veille, ce qui fait baisser
les marqueurs de stress comme le cortisol. D’un autre côté, le
cerveau récompense ce choix rassurant en libérant dopamine
et ocytocine, les molécules du plaisir et du lien, y
compris avec des personnages fictifs vécus comme des « amis
stables ». Ce cocktail chimique explique pourquoi l’on se sent plus
posé, parfois même physiquement plus détendu, après un épisode déjà
vu cent fois.
Les cliniciens qui travaillent sur ces usages recommandent d’en
faire un rituel très cadré. Un seul épisode d’environ 42 minutes
entre 20h et 21h30 suffit à casser le pic d’anxiété du
soir. L’idéal consiste à créer une petite bulle
sensorielle années 80 – lumière douce, boisson réconfortante, odeur
associée à cette époque – et à bannir le multitâche. Le piège, que
90 % des femmes commettent selon les thérapeutes, reste le
“doom-watching” : laisser la série tourner en bruit de fond tout en
scrollant sur son téléphone, ce qui neutralise presque totalement
l’effet apaisant.
Source:
www.grazia.fr






