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« Les festivals de l’été » : Aux rencontres photographiques d’Arles « Nous apportons le doute sur ce qu’on voit » revendique son directeur 

Aller aux rencontres photographiques d’Arles c’est faire face à la multitude du monde, de ses représentations et à sa complexité. Pour son directeur Christoph Wiesner la diversité des propositions photographiques qu’offre le festival permet d’introduire une part de « doute sur ce qu’on voit et de la distance » dans un monde où l’affirmation est permanente « Il n’y a jamais qu’une histoire (…) comme dans le travail de Sammy Baloji, présenté dans l’exposition Paysage prisme : une traversée katangaise, qui confronte des images du Congo colonisé et des images de l’histoire personnelle de l’artiste. Il n’y a pas qu’une lecture mais des couches successives dans le temps » ajoute-t-il.

L’Afrique au centre des regards

Ajouter de nouvelles images aux précédentes, c’est exactement le travail entrepris au lendemain de son indépendance par Kwame Nkrumah le tout nouveau président de la jeune république du Ghana. En 1957, l’ancienne colonie britannique Côte-de-l’Or, prend conscience de l’importance de se réapproprier son imaginaire et ses images. Dans Ghana, rêver l’indépendance (1957-1976), les travaux de Paul Strand côtoient ceux du photographe américain Willis E. Bell et de la dramaturge ghanéenne Efua Sutherland, et offrent une vision « kaléidoscopique » du pays. Mais c’est surtout l’occasion de replacer ses habitants au « centre de l’image, représentés de façon noble, au premier plan, tels qu’ils sont et débarrassés du rapport de pouvoir » détaille Christoph Wiesner.

Efua Sutherland and Willis E. Bell, couverture de The Roadmakers: A Picture Book of Ghana, 1961 - Avec l’aimable autorisation de Mmofra Foundation

Crédits photo : Efua Sutherland and Willis E. Bell, couverture de The Roadmakers: A Picture Book of Ghana, 1961 – Avec l’aimable autorisation de Mmofra Foundation

Ghana, Congo, Gabon mais aussi Côte-d’Ivoire avec le travail de Paul Kodjo, les regards sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale se mêlent aux travaux sur la mémoire des années noires traversées par l’Algérie de Katia Kameli ; pour le directeur du festival « dans les années passées on avait déjà exposé le portraitiste Malick Sidibé, ou encore Seydou Keïta, mais cela faisait longtemps qu’on n’avait rien fait sur le continent africain réellement. Je trouvais intéressant d’avoir -dans les perspectives décoloniales- de nouveaux regards sur le continent. Un travail qui trouve toute sa logique dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 initiée par l’Institut français » insiste-t-il.Distanciation critique

Mais parfois il faut avoir plus de distance pour avoir le regard juste sur son propre pays. C’est ainsi que William Klein arrivé en France en 1945, « marqué par sa rencontre avec Fernand Léger », va retourner aux Etats-Unis presque 10 ans plus tard et va redécouvrir son propre pays « fasciné par la lumière et la profusion, mais riche d’une nouvelle acuité sur le pouvoir des mass médias et de la télévision (…) et c’est ce qu’on voit dans Mister Freedom film qu’il réalise en 1969 avec Delphine Seyrig » détaille Christoph Wiesner « ou ce qu’on voit dans son travail photographique réuni dans l’exposition This way to heaven dans lequel il décrit une société polarisée, malmenée par la spectacularisation constante de la vie publique, privée et politique ». Un regard prémonitoire sur l’Amérique d’aujourd’hui dirigée par Donald Trump.

William Klein, Wings of The Hawk, 42e rue, New York, 1955 - Avec l’aimable autorisation du Studio William Klein et du William Klein Estate

Crédits photo : William Klein, Wings of The Hawk, 42e rue, New York, 1955 – Avec l’aimable autorisation du Studio William Klein et du William Klein Estate

« Quand vous êtes confrontés à de multiples façons de rendre le monde, chaque position nouvelle relativise la précédente.” Christoph Wiesner

Christoph Wiesner ©Nicolas Despis

Crédits photo : Christoph Wiesner ©Nicolas Despis

Indépendance éditoriale 

Même s’il est trop tôt pour tirer un bilan définitif du festival de photos, (le festival court jusqu’au 4 octobre) les chiffres de fréquentation sont plutôt flatteurs, selon son directeur. Malgré la canicule du mois de juillet « 22 000 personnes se sont déplacées la première semaine, contre 23 000 sur la même période l’année passée pourtant plus fraîche » détaille-t-il.Et l’enjeu est de taille pour une manifestation qui a fait de la billetterie et de ses fonds propres sa première source de financement. Si le modèle peut parfois apparaitre fragile, il assure au festival selon son directeur « une indépendance éditoriale » avant de conclure : « Notre plus grand mécène c’est notre public ! Il est absolument hors de question que le pouvoir politique fasse pression sur les contenus ! »

Arles 2026, Les rencontres photographiques du 6 juillet au 4 octobre 2026

https://www.rencontres-arles.com/fr/programme-2026


Source:

www.publicsenat.fr

La Rédaction
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