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Incendies en Gironde : évacuer, accompagner… la délicate prise en charge des personnes fragiles

« Je n’ai jamais vu autant d’ambulances et autant de bénévoles d’un coup », s’exclame Blanche. La jeune femme, étudiante infirmière au CHU de Bordeaux, est arrivée il y a à peine quelques minutes en uniforme bleu marine et orange pour prendre son poste auprès des équipes de la Protection civile dans un gymnase de Biganos, en Gironde.

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Bénévole depuis quatre ans pour cette association qui travaille à l’accompagnement et au secours des populations, elle s’apprête à passer les prochaines heures au volant d’une ambulance ou d’un minibus avec une mission : évacuer les résidents d’Ehpad ou des patients d’hôpitaux des diverses communes touchées par les incendies en Gironde.

Une trentaine d’ambulances

Depuis mercredi 22 juillet, l’incendie massif qui a embrasé les pourtours du bassin d’Arcachon et menace désormais les abords de la métropole de Bordeaux, ravageant 42 000 hectares de terres, a forcé 220 000 personnes à fuir. Parmi eux, beaucoup ont pu partir rapidement, souvent en voiture. Mais les résidents d’Ehpad, les patients hospitalisés, certaines personnes âgées isolées mais aussi les populations marginalisées, notamment les sans-abri, ont besoin d’être accompagnés.

En parallèle des pompiers et de leur travail colossal pour ralentir les flammes, les bénévoles de la Protection civile sont donc à pied d’œuvre pour aider ces publics les plus vulnérables.

« Nous avons dépêché le plus de moyens possibles. Nous avons une trentaine d’ambulances, des bénévoles sont arrivés des quatre coins de la France… C’est inédit », explique Quentin Bernagaud, le directeur des opérations.

Les équipes de la Protection civile se préparent à une nouvelle nuit mouvementée, à Biganos, en Gironde, le 25 juillet 2026. © Cyrielle Cabot, France 24

Depuis un gymnase de Biganos réquisitionné pour être transformé en quartier général pour ses équipes, le directeur est difficile à capter. Il supervise tout, en lien constant avec la Préfecture.

« J’ai constamment un œil sur la carte qui nous montre en temps réel où sont toutes nos ambulances et je tente de répartir au mieux tous nos moyens en fonction des places d’évacuation disponibles. L’objectif, c’est d’amener les personnes au meilleur endroit pour elles. »

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Parce que tous n’ont pas les mêmes besoins. Certains peuvent simplement être amenés jusqu’à un centre d’évacuation, au Parc des expositions de Bordeaux, notamment, où une unité médicalisée a été mise en place. D’autres peuvent être transportés jusqu’à des résidences universitaires, réquisitionnés pour l’occasion. « Pas la panacée, mais toujours mieux que de dormir sur des lits de camp », note Quentin Bernagaud.

Mais pour les patients malades ou avec des besoins spécifiques, la seule solution est d’être transportés jusqu’à un autre hôpital ou un autre Ehpad, parfois loin, très loin.

« On sait qu’on va passer de nombreuses heures dans la voiture. Tous les Ehpad et toutes les structures d’accueil de la région commencent à être pleins. Nous devons amener certains patients jusqu’à Agen, à plus de 150 km », explique ainsi Blanche, en se servant un café.

Quentin Bernagaud, directeur des opérations de la protection civile, devant l'une des nombreuses ambulances dédiées à l'évacuation des personnes vulnérables impactées par les incendies en Gironde

Quentin Bernagaud, directeur des opérations de la protection civile, devant l’une des nombreuses ambulances dédiées à l’évacuation des personnes vulnérables impactées par les incendies en Gironde. © Cyrielle Cabot, France 24

 

Prendre le temps de rassurer malgré l’urgence

À côté d’elle, Louis, 21 ans, va lui pouvoir souffler un peu après trois jours sur le pont. Depuis mercredi soir, il a aidé à évacuer des centaines de personnes.

« Depuis que j’ai vu les flammes ravager la forêt des deux côtés de la départementale [qui mène de Bordeaux au Cap Ferret, NDLR] mercredi soir, je sais que ça va être long, compliqué, avec beaucoup de personnes à aider », témoigne-t-il.

Pour lui, au-delà des heures passées sur les routes, le plus difficile est de parvenir à rassurer ses interlocuteurs, parfois perdus et souvent paniqués devant une situation inédite.

« Nous sommes face à des personnes fragiles physiquement comme psychologiquement », insiste-t-il. « On ne peut pas juste arriver et leur dire, ‘Allez on y va !’. Malgré l’urgence, il faut prendre le temps d’expliquer, de rassurer. »

Le jeune homme se souvient ainsi, par exemple, d’une patiente totalement désorientée, qui hurlait en refusant de quitter sa chambre. Plusieurs minutes auront été nécessaires pour qu’elle accepte d’enfiler des vêtements et de suivre les équipes. Pourtant, il ne fallait pas traîner : les flammes étaient visibles depuis les fenêtres de l’établissement.

Pour le moment, Quentin, comme Blanche et Louis, expliquent être dans une logique de « heure par heure » et évitent soigneusement de se projeter dans des prochains jours aussi incertains que l’incendie. Mais une question taraude le directeur : « Pour l’instant, tout le monde est motivé et mobilisé parce que cette catastrophe est immense. Mais que se passera-t-il quand le feu sera maîtrisé et que l’attention va redescendre ? Nous avons déplacé des milliers de personnes ces derniers jours, comment rentreront-ils quand tout cela sera enfin terminé ? »

« Il ne reste que les plus vulnérables »

À quelques minutes à pied du quartier général des équipes de la Protection civile, le centre pour évacués de Biganos se prépare pour une nouvelle nuit. Ici, il ne reste qu’environ 70 personnes installées sur des lits de camp.

« Nous sommes moins nombreux, mais nous sommes avec un public qui demande beaucoup plus d’attention », explique Sylvie Giraud, adjointe à la mairie. « Au début, c’était finalement assez facile. Il y avait beaucoup de familles et de vacanciers. Il fallait leur offrir à manger, à boire, de quoi dormir quelques heures et prendre une douche. Ensuite, ils pouvaient reprendre la route. »

Le centre d'hébergement d'urgence de Biganos, quelques heures avant son évacuation, le 26 juillet 2026

Le centre d’hébergement d’urgence de Biganos, quelques heures avant son évacuation, le 26 juillet 2026. © Cyrielle Cabot, France 24

Pour d’autres, c’est la solidarité qui leur a permis de trouver une solution plus confortable. Partout dans la région, des particuliers ont ouvert leurs portes et offert un lit ou un canapé pour une ou plusieurs nuits. « Mais c’est forcément plus délicat pour des personnes qui ont des besoins ou qui sont peu autonomes », déplore l’adjointe.

C’est le cas d’Anita et Rosaria. Agées respectivement de 75 et 76 ans, elles n’ont nulle part où aller. « J’ai été la première à évacuer. Logiquement je suis venue chez ma sœur. Mais quand on a dû de nouveau partir, cette fois toutes les deux, nous n’avions plus de solutions. Toutes nos connaissances sont du coin, donc toutes ont dû évacuer », raconte Rosaria.

Mais pour les deux, hors de question de répondre aux différentes proposition d’hébergement d’inconnus. « Je suis en fauteuil roulant, ça ajoute tellement de contraintes. Il faut que leur logement soit approprié, je ne veux rien abîmer. Je préfère dormir dans ma voiture et n’embêter personne. »

« Nous avons beaucoup de cas comme elles, et encore elles sont deux et capables de conduire », ajoute Sylvie Giraud. « Vendredi, quelqu’un nous a déposé son grand-père en nous disant ne pas savoir comment faire. Il est en fauteuil roulant, atteint d’Alzheimer… »

Malgré le soutien de personnels de santé du Samu et du Samu social, l’adjointe au maire, comme les bénévoles qui l’accompagnent, confient désormais s’inquiéter, se sentant peu formés pour accompagner ces publics.

Et au fil de la soirée, l’inquiétude continue de grandir. Alors que le ciel s’est assombri, noirci par les fumées des incendies, le couperet tombe samedi autour de 23 heures : nouvel ordre d’évacuation. Direction cette fois Gujan Mestras, à une soixantaine de kilomètres. Un nouveau déplacement pour ces populations fragiles.


Source:

www.france24.com

La Rédaction
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