Arrêter le projet porté par Gianni Infantino apparaît comme une exigence de clarté institutionnelle. La proposition de créer une entité commerciale destinée à maximiser les revenus de la FIFA ne relève pas seulement d’une stratégie de financement : elle inscrit l’organisation dans une logique où chaque compétition doit produire toujours davantage de profits. Or la FIFA proclame que le football appartient à tous ; la transformation envisagée impose de mesurer si cette affirmation reste cohérente avec des choix structurels qui tendent à concentrer revenus et pouvoirs.
La mise en place d’une société commerciale modifierait profondément les mécanismes de gestion des compétitions et des revenus. Plutôt qu’une simple adaptation technique pour accroître des ressources, il s’agit d’un basculement vers un fonctionnement commercial permanent, où l’objectif prioritaire est la maximisation financière. Ce basculement soulève des questions de gouvernance : qui décide des priorités, comment sont répartis les gains et selon quels critères sont conçues les compétitions lorsqu’elles deviennent avant tout des produits économiques ?
Les conséquences dépassent le seul cadre des bilans financiers. Une concentration accrue des recettes pourrait redistribuer différemment les moyens alloués aux fédérations nationales, au football amateur et aux infrastructures locales. La transformation du modèle creuse une fracture possible entre les intérêts des grandes compétitions et ceux du développement du sport à la base. Elle pose également des enjeux de transparence et de contrôle interne : garantir le respect des règles, éviter les conflits d’intérêts et assurer une traçabilité des flux financiers deviennent alors des impératifs publics.
Face à ces enjeux, la seule réponse responsable consiste à suspendre le projet et à engager une procédure de consultation et d’évaluation indépendante. Les fédérations membres, les acteurs du terrain et les autorités de contrôle doivent disposer d’informations complètes et d’un délai pour apprécier l’impact institutionnel et social d’une telle transformation. Sans cette étape, la prétention de faire du football un bien commun restera difficilement compatible avec la logique commerciale envisagée.






