Une ex-première ministre qui met des bâtons dans les roues d’un ex-premier ministre. La sortie matinale d’Elisabeth Borne vient perturber le pré-lancement de la fusée Attal en vue de 2027. Invitée de France Inter ce mercredi matin, l’ancienne locataire de Matignon a annoncé quitter la direction de Renaissance.
« Je ne me retrouve pas complètement dans la ligne, qui n’est pas forcément débattue au sein de Renaissance. Donc j’ai décidé de démissionner du conseil national de Renaissance, de me mettre en retrait du bureau exécutif et de me consacrer à la structure que j’ai créée, Bâtissons ensemble », a annoncé Elisabeth Borne. Si elle reste « comme simple adhérente », la députée du Calvados se dit en « désaccord avec la ligne actuelle ». Au chapitre des désaccords, elle évoque « le respect du droit international », « le respect de l’Etat de droit », ajoutant ne pas « supporter quand on remet en cause le Conseil constitutionnel, (dire) que notre Constitution est un carcan ».
« Elle voulait être présidente du Conseil national, mais n’en a rien fait. Elle voulait être dans les instances du parti, mais n’a jamais rien dit », pointe Prisca Thevenot
Voilà la grenade Borne dégoupillée. « La grenade mouillée », raille d’emblée un soutien de Gabriel Attal. Car du côté des partisans du quasi-candidat à la présidentielle, les réactions varient entre ironie et incompréhension. « Je ne vois pas aujourd’hui quelle est la différence de ligne politique qui peut l’amener à quitter la direction. Je vois plutôt un problème de personne et le fait qu’il y a unanimité des instances pour lancer le processus de désignation de Gabriel Attal comme notre candidat naturel pour la présidentielle », pense le sénateur Xavier Iacovelli, à la tête de Démocrates & Progressistes (ex-Territoires de progrès), parti associé à Renaissance, qui représente l’aile gauche du mouvement. Ce soutien de Gabriel Attal ajoute : « On a plutôt besoin de rassembler, plutôt que de créer une division artificielle, qui n’existe pas ».
« Il n’y a ni surprise, ni étonnement. C’est un non-événement. Elle quitte des responsabilités – qu’elle n’a pas honorées – sans quitter le parti », pointe la députée Renaissance, Prisca Thevenot, qui juge « compliqué de vouloir claquer la porte, tout en restant dedans ». Cette proche de Gabriel Attal ajoute : « Je n’ai pas compris la démarche. Elle voulait être présidente du Conseil national, mais n’en a rien fait. Elle voulait être dans les instances du parti, mais n’a jamais rien dit ».
« Bâtissons ensemble, c’est un peu autocentré. BE, ce sont les mêmes initiales que Borne Elisabeth. Elle essaie de refaire En Marche… »
« Bâtissons ensemble », qu’Elisabeth Borne décrit comme « un espace ouvert, qui a vocation à rassembler au-delà des partis, à animer des débats dans les territoires, pour faire émerger des propositions concrètes », a déjà son site Internet. « Il y a des photos d’elle partout… » raille une députée. Et même déjà un logo, formé de quatre B, qui forment une sorte de fleur, ou de moulin, c’est selon.
Faut-il alors y voir une nouvelle aventure personnelle, avec une potentielle candidate de plus au sein d’un bloc central, qui n’en manque pas ? Xavier Iacovelli s’interroge sur les motivations, et relève – pour ceux qui n’avaient pas vu – les initiales de son nouveau mouvement. « Bâtissons ensemble. C’est un peu autocentré. BE, ce sont les mêmes initiales que Borne Elisabeth. Elle essaie de refaire En Marche… Je crois plus au collectif, plutôt qu’à la division et aux aventures personnelles », pointe le vice-président Renaissance du Sénat, qui pense surtout « qu’elle essaie de peser ». « Bâtissons ensemble, ça fait BE… Et après, c’est nous qui faisons de la com’ ? Allez… » préfère encore en rire un député pro Attal.
« A Matignon, elle était surnommée Miranda Priestly, elle était froide avec les parlementaires, ses ministres »
En sortant la tête de la tranchée et s’exposant, fatalement, Elisabeth Borne se prend quelques scuds. « Elle lance son livre. Le vrai sujet, ce n’est pas tant par rapport à l’année prochaine, c’est une campagne de promo qui est lancée… » minimise une parlementaire.
Un autre lâche ses piques : « Ce n’est pas quelqu’un qui entraîne beaucoup les foules. Et je suis sûr qu’elle n’entraîne pas beaucoup de parlementaires dans cette aventure ». « Ça reste une haute fonctionnaire froide », ajoute le même, qui lâche cette « anecdote d’actualité, avec Le diable s’habille en Prada 2, qui sort : à Matignon, elle était surnommée Miranda Priestly (personnage glacial du film, qui est la rédactrice en chef d’un magazine inspiré d’Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue, ndlr). Elle était froide avec les parlementaires, ses ministres. Ce n’est pas naturel pour elle d’aller à la rencontre des militants et des Français ».
« Je ne sais pas où on va, franchement »
Reste que la direction de Gabriel Attal n’est pas exempte de critiques, en interne. « En même temps, Gabriel, faut le suivre. C’est quand même rapide. C’est une idée par jour », pointe une parlementaire, qui souhaite que « tout le monde soit associé ». « Il faut faire attention à ménager les troupes, que ça ne s’essouffle pas, qu’on soit en harmonie. On ne peut pas faire cavalier seul, il faut le faire avec son équipe », ajoute une ancienne ministre. La même pense que pour l’heure, « ceux qui ne suivent pas Gabriel, sont assez minoritaires. Mais je ne peux pas garantir aujourd’hui que ça le restera. Il peut y avoir des doutes dans les troupes. Mais c’est souvent comme ça dans les partis », reconnaît-elle. Une parlementaire échaudée n’en fait pas un non-événement :
« Je ne sais pas où on va, franchement », confie la même parlementaire Renaissance. Elle continue : « Je me suis pris deux ou trois annonces de sa part, que je n’aime pas ». Cette parlementaire cite la proposition de loi « sur le 1er mai. Je n’étais pas d’accord ». « Quelques fois, il y a du populisme qui vient s’ajouter. Attention à ne pas tomber dans le travers de courir après tout ce qui bouge. On doit garder notre identité », met encore en garde sous couvert d’anonymat cette élue, qui regrette « cette tendance à des coups médiatiques ». Certains y voient un point fort, d’autres l’une de ses limites, de par son excès : la communication. « Gabriel, c’est de la com’. La ligne, c’est de la com’ aujourd’hui », résume un macroniste.
« Je ne suis pas favorable à cette accélération. Je pense qu’il faut attendre l’automne pour savoir quel est le meilleur candidat », soutient François Patriat
François Patriat, président du groupe RDPI (Renaissance) du Sénat, minimise pour sa part la nouvelle du jour : « Ce n’est pas un fait nouveau, depuis quelques mois déjà, Elisabeth Borne avait marqué sa différence avec Gabriel Attal ».
Mais au passage, le sénateur de la Côte-d’Or n’hésite pas à prendre ses distances avec le timing de Gabriel Attal, trop pressé à ses yeux de se lancer. « Il faut prendre un peu de recul avec la présentielle. Se précipiter, comme font certains aujourd’hui, laissant croire qu’ils ont la solution à tout, me paraît contreproductif », lâche le patron des sénateurs Renaissance, interrogé au micro de Public Sénat, ce mercredi. Ce fidèle d’Emmanuel Macron insiste : « Je ne suis pas favorable à cette accélération. Je pense qu’il faut attendre l’automne pour savoir quel est le meilleur candidat pour s’opposer aux extrêmes demain ». « Gabriel Attal peut être légitime aujourd’hui à montrer qu’il sera candidat. Il a un programme, qu’il développe, il a écrit un livre. C’est tout à fait logique. Et en même temps, il représente notre parti. Mais déclarer sa candidature aujourd’hui et figer les choses ne me paraît pas être le bon principe », soutient François Patriat, qui n’est pour autant « pas favorable à une primaire ». Regardez :
« Aurore Bergé est une menace pour elle-même »
La question reste de savoir si l’annonce d’Elisabeth Borne se limitera à « quelques articles » du jour, sans rien changer à la suite, ou si d’autres embûches sont à venir. « Je ne crois pas que Borne mette à mal Attal, mais je pense qu’il n’y aura pas que Borne… » glisse un parlementaire Renaissance. Alors qui ? On compte quelques ambitions refrénées au sein du parti. Yaël Braun-Pivet ? « Elle veut que ses idées soient présentes dans un projet qu’on pourra défendre l’année prochaine », rassure une députée. Sous-entendu, le problème ne viendra pas de ce côté-là. Aurore Bergé peut-elle être une menace ? « Aurore Bergé est une menace pour elle-même », allume un pro Attal, « c’est une compétence inouïe de passer de famille politique en famille politique, en disant qu’elle a ses ambitions chevillées au corps »… Gérald Darmanin alors ? « Il n’est plus chez nous depuis 2 ans, il a lancé Populaires. Il n’est pas dans nos fichiers. Mais je lui envoie sa cotis’, il n’y a pas de problème », tacle encore un fidèle du premier ministre, qui met en garde : « Est-ce qu’on tombe dans la guerre d’ego ? »
L’union est en combat. Et malgré ces péripéties, la déclaration officielle de candidature de Gabriel Attal ne devrait pas tarder, avant une démonstration de force attendue le 30 mai, Porte de Versailles, à Paris, que ses stratèges imaginent déjà comme un « moment de vérité ».
Source:
www.publicsenat.fr




