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Isaac Hammouch « Azerbaïdjan–Arménie : un tournant historique vers la paix et la coopération régionale »

Depuis la fin de la mission des forces russes au Karabakh en 2024, un nouveau chapitre s’ouvre dans le Caucase du Sud. L’Arménie et l’Azerbaïdjan, après trois décennies d’hostilité et de méfiance, s’efforcent aujourd’hui de construire une coexistence fondée sur le dialogue, la reconnaissance mutuelle et la stabilité régionale. Ce mouvement, lent mais réel, trouve son origine dans une série de gestes politiques et diplomatiques concrets, portés par une volonté nouvelle de normalisation.

L’annonce la plus symbolique est sans doute celle de l’introduction prochaine de la langue azerbaïdjanaise dans certaines écoles publiques d’Arménie. Prévue pour la rentrée 2025-2026, cette initiative, encore limitée à trois établissements pilotes, témoigne d’un changement d’état d’esprit : comprendre la langue du voisin, c’est aussi reconnaître son existence et son importance. Le gouvernement arménien présente cette ouverture comme un acte de modernisation culturelle, mais elle est également perçue comme un signe d’apaisement à Bakou, où elle suscite un écho positif.

Sur le plan diplomatique, la signature d’une déclaration conjointe à Washington en août 2025, sous médiation américaine, a consolidé la dynamique en cours. Cet accord ne règle pas encore tous les différends — notamment sur les frontières et la sécurité des populations —, mais il établit un cadre de coopération pacifique, salué par la communauté internationale. Le président Ilham Aliyev y a joué un rôle décisif : tout en défendant les intérêts nationaux de son pays, il a fait preuve de pragmatisme et d’ouverture, affirmant que « la paix durable ne peut naître que du respect mutuel et du bon voisinage ».

Cette approche se traduit également dans la politique régionale de Bakou. L’Azerbaïdjan, fort de sa stabilité et de son développement économique, promeut un modèle de paix fondé sur les échanges et l’interdépendance. Le projet de corridor de Zanguezour, rebaptisé dans certaines chancelleries « corridor de la connectivité », illustre cette vision : il vise à relier l’Azerbaïdjan à son exclave du Nakhitchevan, mais aussi à ouvrir à l’Arménie un accès vers les marchés turc et caspien. Bakou insiste pour que ce couloir soit conçu non comme un passage imposé, mais comme un axe partagé de prospérité.

D’autres signaux concrets renforcent cette orientation : l’échange de prisonniers en décembre 2023, la restitution de plusieurs villages frontaliers, l’assouplissement des restrictions de transit de marchandises, la relance des discussions ferroviaires entre Erevan et Bakou. Tous ces gestes, encore modestes, traduisent une volonté commune de transformer la paix en bénéfice concret pour les populations.

Le président Aliyev, souvent décrit comme un dirigeant ferme, s’attache désormais à donner une dimension nouvelle à sa diplomatie : celle d’un acteur stabilisateur dans un environnement longtemps conflictuel. Ses efforts s’inscrivent dans une perspective de « bon voisinage actif » : garantir la sécurité, rétablir la confiance et ouvrir des perspectives économiques partagées. En ce sens, son engagement s’aligne sur les appels répétés des États-Unis et de l’Union européenne à instaurer une paix durable, fondée sur la reconnaissance des frontières et la coopération régionale.

L’Arménie, de son côté, semble avoir compris que la voie de l’isolement ne pouvait plus être une stratégie viable. Le premier ministre Nikol Pachinian a plusieurs fois reconnu publiquement la nécessité d’un règlement global, acceptant de se tourner vers l’avenir plutôt que de rester prisonnier du passé. Les deux dirigeants, malgré leurs divergences, partagent un constat : sans paix, aucun développement n’est possible.

Cette réconciliation prudente, amorcée depuis 2023, reste fragile. Mais elle marque un moment de lucidité politique. L’Azerbaïdjan, fort de ses ressources et de sa position géostratégique, propose une vision pragmatique : faire du Caucase du Sud un espace de stabilité, d’énergie et de transit entre l’Asie et l’Europe. L’Arménie, de son côté, semble prête à en saisir les opportunités, à condition que les garanties de sécurité soient respectées.

Ainsi, à travers une série d’initiatives tangibles — linguistiques, économiques, diplomatiques et humanitaires —, les deux nations tracent, pour la première fois depuis des décennies, les contours d’une coexistence apaisée. Le pari d’Ilham Aliyev est clair : bâtir une paix durable non sur l’oubli, mais sur la compréhension mutuelle et la confiance retrouvée. Et si ce pari réussit, le Caucase du Sud pourrait enfin tourner la page d’un siècle de rivalités pour entrer dans celui de la coopération régionale.

Lien Source Almouwatin.com

Isaac Hammouch
Isaac Hammouchhttps://www.isaachammouch.com/
Isaac Hammouch est journaliste, écrivain et essayiste, spécialiste des relations internationales et de la géopolitique contemporaine. Il publie dans plusieurs médias belges, européens et internationaux. Site officiel d'Isaac Hammouch: www.isaachammouch.com
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